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samedi 12 janvier 2013


Le monde des morts, le monde des vivants.


Je viens de me réveiller.  Je suis ko  après la nuit d'hier ;  mais bonne nouvelle ma joue enflée par une putain d abcès  ressemble aujourd’hui à une joue humaine.
D’ailleurs aux abords du cimetière, à la lueur de nos torches, nous avons tous des visages lunaires, "hitchcockiens". La volonté farouche, nous avancons,  forts de notre nombre, à travers des tombes froides, dont beaucoup étaient fraîchement investies, les yeux écarquillés, le cœur battant,  le pas hésitant et précautionneux de  voleurs de cadavres. Puis des chuchotements, des corps remuant dans la pénombre ; une main glacée sortie de nulle part : « salam mrehba  » . Bienvenue chez nous. Je pénètre respectueusement chez le SDF du monde des morts. Des flashes de films d’épouvante dans lesquels des morts-vivants sans foi ni loi se redressent dans un ralenti invraisemblable me font baragouiner un Besmellah Rahmane Rahim salvateur. Personne ne m’a entendu ? me dis-je en mon for intérieur . Putain, la honte si ça tombe dans des oreilles indiscrètes. Mais j’entends mes camarades  remuer les lèvres dans des incantations sensées éloigner les mauvais esprits de nos pauvres pas de mortels.
Nous dirigeons nos torches vers nos compagnons d’infortune somnolant à même le sol sur des cartons et des guenilles. Nous ouvrons nos cavernes d Ali Baba et offrons ce que nous possédons : d’autres guenilles qui tenteront de réchauffer des corps vieillis, décharnés et grelottants mais surtout les cœurs et les âmes de ces rebuts de la société.
 Les essayages, ponctués de mots de gratitude, commencent dans la bonne humeur.  Des pieds nus ou presque enfilent avec joie des chaussures, enfin. Le SDF se fait beau en endossant ces habits du dimanche. Il  tourne et virevolte dans un moment d’insouciance innocente. Le temps s’arrête et des bouches édentées aux lèvres gercées esquissent un sourire. Les morts peuvent dormir ce soir sans douleur.
 Mission accomplie.
Mon cœur saigne.

Quelle belle journée ! vite un café dans un café. Chic.
-Ntina a sdi Hmed, tu as fini de construire ?
Deux fassis chics roulant allègrement les R, handicapant les 9afes et dressant des poings, des doigts, des jambes entières,  d’honneur. De purs fassis comme on les aime dans nos blagues, la classe vers qui l’on jette la pierre, la classe critiquable à merci, la classe responsable de tous nos maux.
 Je suis absorbé par leur discussion enrichissante sur le prix de l'immobilier en France et en Espagne. Notre petit studio parisien a pris de la valeur avec la réfection du boulevard Haussmann. Pour les enfants et leurs études à Paris. N ‘est-ce pas ?Hehehe. Doigts d honneur.
On parle d'une villa R plus 2 avec possibilité de rajout d'un étage et une autre piscine pour les petits. Le tout dit avec un naturel ! Comme s’il s’agissait de négocier un pare-choc arrière de voiture.
Et puis il est question de chauffeur qui doit rester toute la journée dans la voiture et qui n'a évidemment pas le droit de rentrer dans notre maison, ni de manger à nos frais car il est payé pour coller son cul au siège de la voiture et ramener sidi Haytam là ou il veut : de l'école à son club de sport, de son club de sport à chez son camarade Sid El Mekki. Il attendra sagement devant la porte en astiquant la bagnole ou en rêvant à un monde sans voitures, n’est-ce pas ? Hihihi. Poings d honneur. 

Azrou, la planète des singes ou mes tentatives littéraires.


Au creux de la forêt,  une place comme une plaie béante. Gravitant autour d’un cèdre séculaire défunt, des singes,  des hommes, des chevaux venus quêter leur subsistance. Une forte odeur de merde de cheval.  Pas de ses crottes de cheval de course BCBG qui sentent bon le foin, la litière propre et l’argent du tiercé. Non. De la bonne merde puante de chevaux  utiles et dociles, n’ayant pour vie que de chier pendant qu’ils mendient leur casse -croute de la journée auprès de retardataires venus titiller les singes , chier pendant qu’ils promènent des culs et des faux culs sur leur noble dos,  chier parce qu’ils sont loin, très loin de leur destinée d’étalons libres et sauvages honorant de fières femelles à  la croupe palpitante. Et ça , ça les fait vraiment chier.   
 Mendiants aussi de leur petite main fragile et délicate quelques cacahuètes charitable, des  petites bêtes , qui nous ressemblent tant cueillent  , d’un un effleurement doux, froid et lisse, les « offrandes » humaines au creux de nos mains presque sans les toucher, un effleurement confiant et craintif à la fois  comme si le contact avec l’humain leur était odieux.  Ils me tirent  le bas du pantalon, yeux quémandeurs, mélancoliques et vides d intelligence.  L’émotion me submerge devant ses petits corps de bébés singes je chuchote, je bêtifie,  avec douceur presque les larmes aux yeux pensant communier  avec l’autre espèce.    fffkhhhhhl !!! Merde j allais recevoir un coup du gros singe  pas du tout mignon, chef de la troupe assurément, hargneux, violent trainant ses grosses couilles de chef et imposant sa loi du plus vieux. La réalité  te rattrape. Ils en veulent à tes cacahuètes c’est tout. Rien à foutre du reste. Pourquoi vouloir voir en eux de pauvres bougres SDF. Ils sont libres et heureux et se moquent de nous.
On continue notre chemin.
Au détour d’un chemin boisé, la vallée, un grand coup dans l’estomac, le bas ventre.  Nos regards s’emplissent de la beauté originelle. Un désir fou de se confondre en elle ; un besoin primitif et viscéral de s’oublier hors du temps et de l’espace . . . la vallée profonde comme un aimant absorbe  nos esprit et nos sens.   Et me viennent à l’esprit ses mots  de Léopold Sédar Senghor dans Femme noire :
« Je te découvre, Terre promise, du haut d'un haut col calciné
 Et ta beauté me foudroie en plein coeur, comme l'éclair d'un aigle »
Ma main s’oublie dans la sienne pendant qu’elle réveille en moi des émotions enfouies. Sa main enduit l’onguent  doucement, d’un va et vient lent, insistant et bienfaisant. Ses doigts enlacent les miens tendrement. Je ne sais plus les siens des miens. Tout se confond. Ses lèvres se posent délicatement sur ma main, comme une caresse.
 On s’oublie.
Les tensions disparaissent.
L’instant « est luxe , calme et volupté ».
Regrets.

Le Marocain est soit un génie soit un idiot...jamais un entre les deux.



Jeté en pâture à vos misérables entendements, le piège. Pauvres de vous. Vous vous détestez tant ! Un  rien suffit pour que vous montriez les dents,  contre  vous –mêmes. Quelle hargne ! J’en ris encore. Soit.
 Mais je ne ris plus devant la suffisance de certains qui ont prétendument goûté à l’Eldorado et qui en ont tiré comme leçon un sauvage mépris. Eh oui quel  pot ! Ils ont  traversé leur marocanité sans être atteint de « l’idiopathie » générale !  Sauvé par le gong. Scolaire. Ça leur a donné ce petit brin de supériorité fait de leur immersion dans le milieu rêvé et idolâtré comme la vache au milieu d’une cacophonie indienne. Ça se  prétend « not idiot  coz not moroccan : you know these stupid monkeys,  so stupid Darling, I hate them » avec la bouche en forme de cul de poule et le petit doigt en l’air ou la jambe. Puéril.
Donc avis  à ceux-là, je ne dénigre en aucune façon l’être que je suis.  Je ne vais pas non plus faire l’apologie du pauvre détenteur de l’étoile verte, marqué au fer rouge de l esclavage ….
 Non, sauf que je le suis cet être –là et  je le serai et le serai malgré toutes les peaux de vache dont je tenterai de me recouvrir ici-bas.
 Je serai un idiot de me déclamer autre que ce que je suis. N’en déplaise aux nouveaux affranchis  qui ont retiré l’anneau de leur narine pour un sésame utopique au goût de ketchup.
Je suis ce marocain, génie ou idiot consentant qui se complait dans son idiotie, la recherche, l’avale, la sniffe ou se la pique.
Question de survie. Un génie survit. Pour ce faire il s’idiotise, finit par y croire et  par s’en enduire,  de ce masque de l’innocent. Un jour, il se résignera à se montrer au grand jour. Par un mot, une phrase. Et ça fera son malheur.
 Salut l’idiot, un génie averti en vaut deux !
« Likez » sans opinion, quant à vous, les  béni oui-oui ! La pire espèce.