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mardi 2 octobre 2012

Mangez de la merde,des milliers de mouches ne peuvent pas se tromper


Un autre jour passe.
Le peuple s’attelle avec sérieux à des tâches sans importance. Je dis bonjour aux gens dans les couloirs et ils me disent bonjour, eux aussi. Nous rentrons tous chez nous et nous regardons des programmes insipides à la télé ou un match de foot.

Je m’ennuie.

 De  nouvelles soldes à Zara et autres marques de prêt à porter  illusoirement chic pour petites bourses ambitieuses ; conversations futiles.  Le soleil se lève puis il se couche ;, et puis 13 personnes meurent  quelque part sur les 446 550 km2 que compte le royaume. Quelqu'un achète un nouveau gadget et tout le monde s’extasie. La lune change de phase.
Dans d’autres taudis, les téléviseurs diffusent à plein volume les matchs des championnats espagnols du moment. Le  barca revêt  la nationalité marocaine. Ça lui attire le mauvais œil : il rate son coup et redevient espagnol.
Chaque jour ressemble beaucoup au précédent et au suivant …Puis les coussins se ternissent et apparaissent alors des traces d’usure,  là où vous avez l’habitude de poser vos fesses anémiques.
Rien de nouveau. Je déprime ? Probablement. Navrante banalité.


Je m’ennuie. 

Une voix me bouscule. Une toute petite voix, insidieuse qui chuchote comme le souffle d’une amante qui balbutie des mots charnels et humides.
« -Ton patron ne t’aime pas. Il te faudra l’admettre. Il ne t’a jamais voulu dans sa société, il te déteste.
 Mais as-tu besoin de lui ? Vois ! Il te nargue. Le boss, le visage exsangue, couine au téléphone. Vois ! Il  te largue d’une main dédaigneuse ».
Tu savais qu'en entrant dans son bureau brutalement, qu'en interrompant sa téléfornication , probablement avec l’une de ses maîtresses,  et qu’en jetant son téléphone portable du  5ème étage, et qu’en l'étranglant avec sa cravate rose bonbon de pédale refoulée, tu es en train de  commettre une faute gravissime, qui te coûtera ton gagne-pain. Mais ta folie furieuse n’en a  rien à foutre de ton poste ni de ce  croûton de pain rance ! Elle te susurre de faire volte face en digne vilain petit canard du capitalisme. Tu desserres ta prise devant son regard exorbité, ton œil voyeur au bord de l’éjaculation.
 Viré. Dans un grand ricanement fou.
Et voila retour à la case départ. Chômage. Puis boulot.  Dans une banque bien sûr. Comme un minable.

Je m'ennuie. Avec un grand E. Un ennui bovarien,  au masculin.  L’ennui pathologique qui vous fait grincer des dents.  Rien ne m’amuse. Tout me lasse. J’ai vécu à 100 à l’heure. Rien de plus efficace pour te dégoûter de tout.   Chemises vertes pour les clients en attente de paiement. Mon énième dossier de la journée. Je tourne les feuilles machinalement tel un automate : trombone, agrafe, cachet ; post-it, tout y passe. Gestes répétitifs et efficaces. Je travaille comme je baise,  de la même manière probablement,  en suivant un mode opératoire sans surprise… qui finit laborieusement en levrette.    
Enfin dans le stade !, gueulant et gesticulant. Torse nu. Aisselles touffues. Le visage peinturluré aux couleurs chéries. Le cerveau embrumé par la fumette. Mais la rage contre le monde et surtout contre l’équipe adverse. Je casse tout.
 Je mets le feu aux poudres. Je m’égosille : fuck you !fuck fuck fuck you ! Je vais le tuer l’arbitre, fils de pute ! C’est quoi ces  joueurs à la con ! Des marionnettes, des  tantouzes ! Et toi putain arrête de me regarder !! Putain je vais le  tuer ce trou du cul. Je lui fous mon poing dans la figure. Le sang gicle. Je suis invincible. Ma bande me cerne, me soulève, me protège. En masse on envahit le terrain bière dans une main et pétard dans l’autre, l’écume à la lèvre. La police nous charge. L’adrénaline monte, je lance un cri de guerre hystérique, je les nargue, je reçois une trique dans les côtes,  je casse des vitres de voitures  et je me tire dans une galopade collective, presque au bord de l’orgasme. Je rejoins ma bande de fêtards pétés à bloc. On est en rut.
Je lève les yeux de mon dossier  vert. Le dos courbé, je rentre chez moi regarder le match à la télé. "Mangez de la merde, des milliers de  mouches ne peuvent pas se tromper !"
Sauf que je ne suis pas une mouche. Et je n ai pas les moyens de manger de la merde.
Il me faut une secte.
J’opte pour ce que j ai sous la main : un ramassis de fêtards riches et clubbeurs,"cocainés" jusqu'à la moelle. Leurs largesses m'envoient au septième ciel. La route file sous nos 200 à l'heure. Le pied! Je jouis du cerveau. L’extase.
J’en suis à mon énième dossier mais rose cette fois-ci. Les dossiers virement vers l’étranger. Je ne veux plus penser à rien. Je veux juste poser ma tête et sourire devant un sit -com dégoulinant d éclats de rire préfabriqués. Je veux devenir bête et heureux.
Je me tape une gentille branlette.
Je m’ennuie.




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