vendredi 19 octobre 2012

Erection crépusculaire et orgasme auditif


Un après- midi gris. Une  énième fin d’après midi.  Ce moment où ça n’est plus le jour mais pas tout à fait la nuit.
Je ne veux pas l’appeler le crépuscule…belle fin de journée  impressionniste sous un ciel rougeoyant sirotant une bière face à la mer  avec la cuisse d’une meuf contre la mienne sous une chaleur caniculaire et prenant des photos de nos doigts entrecroisés ! Autrement dit la béatitude simple, bête et conne d’ados qui ne le sont pas vraiment,  gorgés d’hormones nouvellement acquises  ou en état de décomposition extrême, ce qui  leur fait dire des conneries comme  amour ou ma vie.
Non,  je parle d’une autre mort, celle de ma journée, infructueuse de par  la Connerie  gratuite  de certains. Son non -sens  m’excite  .Elle me rappelle  la nudité dans des films d'action: gratuite, mais néanmoins bandante.  
Sauf que l'érection de fin de journée dans ton misérable boui- boui est une manifestation d'optimiste d'un pathétique sans égal. Déprimé, sans amour, sans argent, noyé dans un fauteuil  délabré, les fesses ankylosées, tu regardes d’un air stupide  ta braguette. Comme une horloge déréglée, l’oiseau sort presque fièrement de son nid, désespérément inutile, et se dresse  insolemment pour saluer le coucher du soleil, à nouveau. Et tu te retrouves face au même dilemme quotidien : pisser ou se branler. C'est à peu près le seul moment de la journée où tu as l'impression d'avoir le choix.
« Ecoute Slayer Dittohead et tu vas te calmer après »,  me souffle un habitué de l’éjaculation auditive.
Reste le trolling audio ? Un autre dilemme.


A part ça ?
 Mettre le nez dehors pour l’e-femelle. Encore faut-il être bien sapé sinon  vous ne pourrez jamais tirer votre coup.
100 % vrai.  Vous ne pouvez pas rester naturel ou naturellement habillé comme un rat  et espérer qu’on ait envie de vous.
C’est comme ça que j’ai compris que la mode était l’une des choses les plus importantes dans la vie, tout comme la guerre et l’effondrement de l’ordre économique mondial. Ça signifie que la fashion week est une semaine des plus importantes de l’année. Comme celle du cheval . Alors ok rendez-vous à la fashion week de Casablanca le glaglalaglalalal, et investissez dans le réaménagement de votre sex appeal . Vous aurez une chance de faire un tabac.
Moi  je m'habille comme un réfugié afghan  et je déteste ce que je ne peux m’offrir.
En attendant je vais couler un bronze. 

mardi 2 octobre 2012

Mangez de la merde,des milliers de mouches ne peuvent pas se tromper


Un autre jour passe.
Le peuple s’attelle avec sérieux à des tâches sans importance. Je dis bonjour aux gens dans les couloirs et ils me disent bonjour, eux aussi. Nous rentrons tous chez nous et nous regardons des programmes insipides à la télé ou un match de foot.

Je m’ennuie.

 De  nouvelles soldes à Zara et autres marques de prêt à porter  illusoirement chic pour petites bourses ambitieuses ; conversations futiles.  Le soleil se lève puis il se couche ;, et puis 13 personnes meurent  quelque part sur les 446 550 km2 que compte le royaume. Quelqu'un achète un nouveau gadget et tout le monde s’extasie. La lune change de phase.
Dans d’autres taudis, les téléviseurs diffusent à plein volume les matchs des championnats espagnols du moment. Le  barca revêt  la nationalité marocaine. Ça lui attire le mauvais œil : il rate son coup et redevient espagnol.
Chaque jour ressemble beaucoup au précédent et au suivant …Puis les coussins se ternissent et apparaissent alors des traces d’usure,  là où vous avez l’habitude de poser vos fesses anémiques.
Rien de nouveau. Je déprime ? Probablement. Navrante banalité.


Je m’ennuie. 

Une voix me bouscule. Une toute petite voix, insidieuse qui chuchote comme le souffle d’une amante qui balbutie des mots charnels et humides.
« -Ton patron ne t’aime pas. Il te faudra l’admettre. Il ne t’a jamais voulu dans sa société, il te déteste.
 Mais as-tu besoin de lui ? Vois ! Il te nargue. Le boss, le visage exsangue, couine au téléphone. Vois ! Il  te largue d’une main dédaigneuse ».
Tu savais qu'en entrant dans son bureau brutalement, qu'en interrompant sa téléfornication , probablement avec l’une de ses maîtresses,  et qu’en jetant son téléphone portable du  5ème étage, et qu’en l'étranglant avec sa cravate rose bonbon de pédale refoulée, tu es en train de  commettre une faute gravissime, qui te coûtera ton gagne-pain. Mais ta folie furieuse n’en a  rien à foutre de ton poste ni de ce  croûton de pain rance ! Elle te susurre de faire volte face en digne vilain petit canard du capitalisme. Tu desserres ta prise devant son regard exorbité, ton œil voyeur au bord de l’éjaculation.
 Viré. Dans un grand ricanement fou.
Et voila retour à la case départ. Chômage. Puis boulot.  Dans une banque bien sûr. Comme un minable.

Je m'ennuie. Avec un grand E. Un ennui bovarien,  au masculin.  L’ennui pathologique qui vous fait grincer des dents.  Rien ne m’amuse. Tout me lasse. J’ai vécu à 100 à l’heure. Rien de plus efficace pour te dégoûter de tout.   Chemises vertes pour les clients en attente de paiement. Mon énième dossier de la journée. Je tourne les feuilles machinalement tel un automate : trombone, agrafe, cachet ; post-it, tout y passe. Gestes répétitifs et efficaces. Je travaille comme je baise,  de la même manière probablement,  en suivant un mode opératoire sans surprise… qui finit laborieusement en levrette.    
Enfin dans le stade !, gueulant et gesticulant. Torse nu. Aisselles touffues. Le visage peinturluré aux couleurs chéries. Le cerveau embrumé par la fumette. Mais la rage contre le monde et surtout contre l’équipe adverse. Je casse tout.
 Je mets le feu aux poudres. Je m’égosille : fuck you !fuck fuck fuck you ! Je vais le tuer l’arbitre, fils de pute ! C’est quoi ces  joueurs à la con ! Des marionnettes, des  tantouzes ! Et toi putain arrête de me regarder !! Putain je vais le  tuer ce trou du cul. Je lui fous mon poing dans la figure. Le sang gicle. Je suis invincible. Ma bande me cerne, me soulève, me protège. En masse on envahit le terrain bière dans une main et pétard dans l’autre, l’écume à la lèvre. La police nous charge. L’adrénaline monte, je lance un cri de guerre hystérique, je les nargue, je reçois une trique dans les côtes,  je casse des vitres de voitures  et je me tire dans une galopade collective, presque au bord de l’orgasme. Je rejoins ma bande de fêtards pétés à bloc. On est en rut.
Je lève les yeux de mon dossier  vert. Le dos courbé, je rentre chez moi regarder le match à la télé. "Mangez de la merde, des milliers de  mouches ne peuvent pas se tromper !"
Sauf que je ne suis pas une mouche. Et je n ai pas les moyens de manger de la merde.
Il me faut une secte.
J’opte pour ce que j ai sous la main : un ramassis de fêtards riches et clubbeurs,"cocainés" jusqu'à la moelle. Leurs largesses m'envoient au septième ciel. La route file sous nos 200 à l'heure. Le pied! Je jouis du cerveau. L’extase.
J’en suis à mon énième dossier mais rose cette fois-ci. Les dossiers virement vers l’étranger. Je ne veux plus penser à rien. Je veux juste poser ma tête et sourire devant un sit -com dégoulinant d éclats de rire préfabriqués. Je veux devenir bête et heureux.
Je me tape une gentille branlette.
Je m’ennuie.