Oujda,
Sur les 600 km qui séparent Casa d’Oujda, la route est parsemée de villes, faubourgs et villages affublés d’appellations dignes d’un couloir d’asile psychiatrique du moyen âge. Rass Tamtam, Lebhalel , Melouia et autres sobriquets empruntés au vocabulaire populaire désignant des handicapés en tous genres. . .ça n’était plus une route mais un défilé de fantômes borgnes, culs de jatte, débiles et autres monstruosités, apparaissant au détour d’un cactus ou d’une colline de doum , émergeant d’un nulle part stérile craquelant sous la canicule africaine.
Dans des toilettes plus que douteuses d’une station service. Plus rien ne peut nous arriver, pensons-nous. Mais un petit tour dans la superette nous achève. Nous regardons consternés les orteils crasseux de la caissière. Ce n’est pas des orteils, c est des griffes noires, rognées par les champignons, qui nous narguent par-dessus le comptoir. Devant cette horreur, nos regards, déjà meurtris par la chaleur, se détournent, désespérés par autant de manque d’humanité. Cela dépasse de loin l’épreuve des toilettes. Nous repartons, silencieux, malgré notre envie de lever un siège, de faire une révolution, de créer une émeute devant tant d’indécence. Cela mériterait une fatwa d’un Nahari ou autre mufti contre les caissières- aux –pieds- pourris- posés -sur –des- comptoirs.
Je suis en sueur.
Le Soleil se couche tard pour se réveiller tôt. Mes yeux me picotent. La lumière et le manque de sommeil ont eu raison d’eux. Une touffe poilue me titille le nez. Une chatte ?une chatte ! Sa petite queue mi -rousse mi -blanche me chatouille le nez. Est-elle en chaleur ? J’espère que non je ne voudrais pas que le pauvre animal fantasme sur mon gros nez. Merde , j ai des pensées lubriques. Ma mère m’appelle. Il est 6h du mat. Oui oui maman, je vais bien. Je t’assure maman. Je ne suis pas non plus au pôle nord ce que je regrette profondément. Pourquoi je n’ai pas une voix ensommeillée ? Zut ! Du coup je pénètre violemment dans les arrière-pensées de ma mère. Les filles les filles les filles……. ah !mon fils lève-toi !ca suffit ! Va manger. Mais non maman, c est juste que je cherche des tongs car mes pieds se noient dans leur propre sueur ! Erreur ! Ses soupçons se confirment. Des tongs à 6h du mat ! « Ya wlidi nod tefter achmen sendala à 6h du matin ».
Je laisse tomber.
J’enfile des sandales bonnes pour la poubelle que j’ai trouvé dans le jardin de mon hôte et je me précipite vers la mer que je voudrais déchainée. Comble du désastre ! Ma mer est sans vagues, désespérément plate ! Je fais quoi pour tuer le temps et m’user ? Flotter comme une bouée ? un soleil de plomb m’arrache des larmes.
Je rentre.
Tout seul dans ma chambre sauna, je me débarrasse de mes fringues qui me brûlent. Mon hôte ronfle toujours. 11h passées, j évite de sortir de ma cellule vêtu de mon seul caleçon, trainant mon service trois pièces sans crier gare.
Un réveil familial et quelques salamalecs plus tard, un sympathique cortège, fait de cousins, cousines, jeunes oncles bref toute la smala de mon pote, s’ébranle joyeusement en direction de la plage de Saadia. Haut-lieu de pèlerinage estival Oujdi.
Quelques épluchures de pastèque flottent.
Bon. Je tente ma première baignade de l’année. L’eau bleue pétrole a une odeur de caca. Le maitre nageur nous conseille de sortir et de prendre une douche bien savonnée car l’eau est polluée. Des messieurs, ils vont venir faire des analyses. Où vais-je trouver du savon dans une plage ? Et qui sont les « ils » ?
Je préfère l’ignorer et faire le sous-marin pour une minute ou deux avant de m’allonger au soleil et travailler tranquillement mon cancer tout en observant une horde de gens qui ne sont pas faits pour être à la plage.
Juste là, à quelque pas, se trouve la petite ville algérienne Ghazawates. Il aurait été bon de parcourir les quelques mètres qui me séparent de mes amis algériens pour un café ou un casse-croûte. Mais l’ego de nos gouvernements a fait que de ridicules barrières, d’ailleurs loin de dissuader les curieux et les contrebandiers, séparent nos deux peuples.
J’ai faim.
Après quelques pourparlers interminables, nous atterrissons chez ‘’Michwate Zakaria ‘’. Bouffe infecte, addition plus salée que la mer morte. Nous nous sentons profondément niqués par si « mihwate » Zakaria. Recto verso. Ça explique l’agonie du tourisme dans la région. Ici tout le monde encule tout le monde, gratos.
Je gobe. J’avale.
Je me dis ce soir c est Khaled et les princes du raî. Oubliées la mer caca et l’enculade du restaurateur baiseur. C’est que des incidents. Ça va être la folie, le pied. Je suis excité comme une puce à cette idée. Appareil en bandoulières, nous voila fin prêts pour immortaliser ce moment pour lequel on a bravé les intempéries. Au festival du Rai, la soirée de Mami a réuni 150 000 fans…directement sortis d’un film de Fritz Lung...On fait tâche. On a l’air d’extraterrestres. On se fait tout petits. Des regards suspicieux nous relèguent à l’écart... .Je me surprends à savourer un moment de Zahwaniya accompagné d’un « chien chaud » oujdi, le karan, un plat à base de pain, pois chiche et œufs. Je sais que mes intestins vont morfler par la suite. Mais je persiste. C’est un délice.
Je m’ennuie.
Est-ce le hot dog ?je me sens des envies lubriques .Pas de nanas même pas à reluquer. Je cherche encore. Rien. Aucun joli gros cul à l’horizon. Elles sont où les filles ? En vacances, en mission spéciale, en voie d’extinction ? Je me sens navré.
On plie bagage.
Ça va être nuit blanche sur la route.
Mais je reviendrai.






